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Les armes parlantes ou allusives
Recherche effectuée et texte écrit par Yves de Tarade


Lorsqu’on demande de dessiner un blason, la première chose qui vient à l’esprit est de traduire le patronyme. Ce sont les armes parlantes. Mais ce qui peut paraître un jeu aujourd’hui était en quelque sorte une nécessité à des époques extrêmement peu lettrées. Elles ont été, au moins pour certaines, un moyen d’expression, un peu comme les vitraux et les sculptures de nos églises et cathédrales qui servaient à transmettre le savoir religieux. Ces armes ont donc voulu dire le nom de leur propriétaire de manière imagée. Elles annonçaient le personnage.


Les armes sont en quelque sorte, pratiquement, toutes parlantes en ce sens qu’elles racontent toujours quelque chose d’une famille ou d’un personnage, pourvu qu’on sache ou puisse les déchiffrer, mais l’expression « armes parlantes » est plus spécifiquement réservée à celles qui ont un rapport direct avec le patronyme. Cependant cette mission générale des armes qui est de se faire reconnaître fait que la frontière entre celles qui sont dites : parlantes et les autres est assez floue.


Cet article sur les armes parlantes, dites autrefois « chantantes » (canting arms en anglais), n’a pas la prétention de donner tous les cas de figure, mais d’indiquer des pistes de recherches pour les reconnaître dans le dédale créé par l’imagination des hérauts et des héraldistes de tous les temps et de toutes les régions.

Les armes parlantes sont celles qui expriment le patronyme, un surnom ou un sobriquet (très répandu en Suisse) ou encore une seigneurie importante liée au patronyme, et qui, par leurs charges en pièces, meubles ou figures, expriment ou jouent avec le patronyme.

La frontière entre armes parlantes et armes allusive n’est pas toujours très nette. La démarche pour reconnaître les secondes est souvent la même.

Le côté parlant peut encore se retrouver dans le cimier, sans que le blason le soit pour autant.


Au sens propre ces armes contiennent une dose de poésie, elles chantent, en français nous dirions qu'elles nous parlent.

Comme au figuré (« canting » signifie également biseautées ou taillées en biseau en ancien français) : il faut affûter ses sens, particulièrement celui de l'observation pour effectuer un rapprochement entre les charges et le nom du porteur surtout lorsque le sens premier du meuble est détourné soit par le temps, soit par le dessin, soit par les blasonnements et leurs interprétations.


Elles représentent souvent phonétiquement (et parfois d’une manière éloignée ou partielle) le patronyme ou un nom de fief qui lui est attaché et qui sont exprimés en tout ou partie ; soit le nom n’est que partiellement dit, soit la représentation comprend plus que le nom. La signification symbolique des pièces, figures ou meubles parlants qui chargent un écu est, le plus souvent, inexistante ; inutile donc de chercher de ce côté-là.


Certains héraldistes ne reconnaissent pas le rébus comme une forme d’expression du blason. Mais on pourrait dire que si la conception moderne du rébus, n’est effectivement pas, le plus souvent, la forme des armes parlantes, le mot « rébus » prit étymologiquement « à l’aide d’objets » ou « avec des objets » reste applicable dans bien des cas ici, ainsi que l’expression phonétique utilisée dans le rébus.

Il ne faut pas oublier non plus l’importance des jeux de mots durant le Moyen-Âge et jusqu’au Grand Siècle qui a pu, au contraire du rébus qui associe un son à un objet, associer le son à une idée.


Il est important en premier lieu, si on le peut, de retrouver les termes exactes du premier blason enregistré pour un personnage qui a transmis ses armes à toute une famille et, éventuellement, toutes les variantes, qui ont pu être enregistrées ou non. En effet, beaucoup de lectures faites au vu du blason déforment l’expression première et même parfois le dessin des blasons.

La lecture faite au vu, consiste à blasonner l’écu à partir de sa représentation.

Dans les premiers temps héraldiques, les hérauts recopiaient des dessins d’armoiries dans des recueils et pour divers usages. Ces recueils leur servaient d’aide mémoire et de reconnaissance à partir des écus, mais ils ne blasonnaient pas, ou que très partiellement. Bien des blasonnements ne sont venus qu’après et donc au vu des dessins.


A partir du XIII eme siècle divers auteurs se sont employés à définir des règles et les significations du blason, mais pas tous de la même façon, certains de façon contradictoire. Ce qui a pu engendrer des interprétations différentes et par voie de conséquence des représentations s’éloignant des originaux qui, de lecture au vu, à interprétation des blasonnements, ont pu faire dériver la signification des figures du blason de façon parfois importante, surtout quand s’y sont mêlées les fantaisies d’artistes ou de notaires. Là il peut devenir très difficile de reconnaître l’arme parlante qui pourtant a été à l’origine.


L’écu est une composition d’émaux, de pièces, de meubles « et » figures ; le blasonnement par des expressions particulières, parfois non conventionnelles, peut donner des précisions aidant à le déchiffrer.


Les armes parlantes peuvent donc concerner, soit le patronyme directement, soit le nom de la seigneurie ou d’une des seigneuries ; les armoriaux ne les donnent pas toujours ou pas toujours en ordre d’importance. La frontière entre l’attachement du blason au patronyme ou au nom de la seigneurie reste, pour certains écus, assez flou.

De plus certaines branches familiales se désignaient par le nom de leur seigneurie principale, plus couramment porté que le patronyme initial.

Il convient donc de bien répertorier toutes les seigneuries, fiefs ou terres de la famille dans le temps comme dans l’espace, ainsi que de rechercher éventuellement le patronyme d’origine.


Des symboles de fonction, parfois aussi parlants ou allusifs, peuvent s’imbriquer dans le blason avec le patronyme ou la seigneurie. Bien connaître donc les fonctions ou activités de la famille peut aider dans la recherche ; celles du premier déposant du blason sont indispensables, comme ses éventuels actes de bravoure, raisons de réussite sociale, etc. Ceci peut permettre de séparer ce qui peut être parlant au point de vue patronyme, des symboles significatifs de charges ou d’exploits.


Certaines armes portant des marques de profession, peuvent aussi être considérées comme parlantes, mais c’est là un domaine plus difficile à cerner que nous n’aborderons pas ici, même si les démarches pour les déchiffrer sont parfois semblables à celles de la reconnaissance du lien entre le patronyme et le blason.


Pour comprendre ces armes parlantes, il peut être utile de connaître le latin et le grec ancien, les patois régionaux ou langues, parfois même les expressions anciennes ou celles du bas langage de certaines époques, tout ce qui était parlé autour de la famille car des expressions qui, aujourd’hui n’ont apparemment aucun sens, peuvent en avoir eu un, très clair, dans la région ou le pays du premier déposant des armes.

Pour la France seulement, il faudrait connaître le provençal, le basque, le breton (voire le celte), le flamand, l’alsacien, le francique, le normand (base d’un certain nombre de termes héraldiques d’ailleurs passés en héraldique anglaise de base), sans parler de tous les patois régionaux des langues d’oc et d’oïl, et le vieux français, ainsi que toutes les variantes orthographiques.

Les blasonnements d’armes parlantes en patois locaux peuvent rendre difficile la représentation, quand on ne connaît pas la signification des termes. De même, certaines représentations de meubles ou de figures anciennes ou de facture trop naïve, n’aident pas au déchiffrage du blason

Une famille peut avoir émigré et son blason qui avait une signification claire en termes d’armes parlantes dans son pays d’origine, ne signifiera plus grand chose ou plus rien du tout dans le pays de destination.


Une bonne culture relative aux termes de métiers, de la chasse, de la nature peut se révéler utile, tout comme la connaissance de certaines conceptions scientifiques anciennes, de la bible, de la mythologie ou de l’histoire ancienne de pays dans lesquels le porteur du premier blason a pu être actif.

Une certaine expérience héraldique peut permettre de blasonner autrement un écu et de découvrir sa signification parlante.

Personne ne pouvant prétendre maîtriser toutes ces sciences, le nombre d’armes parlantes n’est quasiment pas quantifiable. Cependant cette étude est intéressante, parce que ces armes représentent une quantité très importante dans le domaine héraldique. Parallèlement, le nombre d’armes qui expriment une fonction, un métier ou une charge reste lui aussi très important.

Par ailleurs, certains héraldistes, par ignorance ou par manque d’attention, n’ont pas décelé dans la charge du blason l’élément parlant et le traduisent en terme qui s’éloigne de l’original.


Des meubles, figures ou expressions peu courantes en héraldique peuvent faire soupçonner les armes parlantes. Il peut être également utile dans certains cas de voir dans des armoriaux à disposition (tels que le Grand Armorial en ligne : www.grand-armorial.net) si des patronymes se ressemblant n’ont pas utilisé les mêmes meubles ou figures et de creuser de ce côté là ; inversement, prendre un meuble ou une figure et chercher tous les patronymes qui l’ont pris, cela peut éclairer sur la signification parlante des dits meubles ou figures.

Si le blason porte un terme général (comme : poisson, arbre, oiseau, etc.), il faut encore étudier si ces termes ne cachent pas une espèce particulière dont le nom se rapprocherait du patronyme ou d’un nom de fief.


Certaines familles portant un nom bien expressif n’ont curieusement pas ou peu d’armes parlantes parmi les homonymes alors que d’autres familles en ont, par contre, une quantité impressionnante.

Auvergne
de La Tour d’Auvergne

Malvoisen
Poisson de Malvoisin
armes d'origine de la duchesse de Pompadour

Delwynen
de Cocq de Delwynen

Quelques exemples : les familles « de la Tour » répertoriées en tant que patronyme dans Jougla de Morenas, soit 44 familles, comptent 60 % de blasons qui comportent une ou des tours.

Les familles « Poisson » ont, sur 16 blasonnements, 9 blasons portant un dauphin et 6 un poisson. Le dauphin n’est pas à proprement parler un poisson, mais au XVIIe siècle il est classé comme tel dans des traités d’héraldique. Ainsi donc, 15 poissons sur 16 blasons, cela donne un pourcentage voisin de 93 %.

Il en est de même pour les « le ou de Cocq » où les éléments statistiques donnent 12 coqs sur 16 blasonnements (soit 75 %)

Les familles « Bœuf », « Beuf », « Le Bœuf », « Le Beuf », ont, sur 22 blasonnements, 17 blasons portant un bœuf (73 %). Et encore, nous ne prenons pas en compte les patronymes dérivés de « bœuf ».

Il y a des pourcentages semblables encore, mais sur des nombres de famille trop faibles pour être significatifs.

La plupart des blasons de corporation sont en quelque sorte aussi en armes parlantes ou allusives.

 

Les charges parlantes ne remplissent pas forcément tout le blason, il peut y avoir plusieurs expressions dedans dont certaines parlantes, d’autres symboliques. Plus on approche de notre époque, plus les blasons sont compliqués pour plusieurs raisons que nous n’exposerons pas ici de peur d’être hors sujet.

Certaines familles présentent un blason officiellement enregistré. Leur blason d’origine a pourtant, parfois, été doublé d’un autre en armes parlantes, également enregistré au titre d’une imposition d’office ou pas

Plusieurs grandes familles allemandes ont parfois deux types d’écus : celui (ceux) de leur(s) fief(s) et à côté leur écu d'origine qui très souvent est en fait constitutif d'armes parlantes.


D'où l’importance, en Allemagne, des cimiers et heaumes qui sont souvent multiples car ils rappellent au-dessus d'un seul écu (en général le plus important) les noms des différents fiefs mais aussi le symbole des armes parlantes d'origine. Ces cimiers peuvent être parlants d’une façon ou d’une autre, en complément de l’écu.

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