-

Ancestry

Les armes parlantes ou allusives
Recherche effectuée et texte écrit par Yves de Tarade

Opinion de Monsieur Pastoureau


Les armes parlantes sont celles dans lesquelles certains éléments (figures, cimier, supports, plus rarement couleurs et brisures) sont en relation avec le nom de celui qui en fait usage . Ce nom peut être le nom de famille (cas le plus fréquent), le nom de baptême, un sobriquet ou, pour les possesseurs de fiefs, un vocable terrien.


La relation peut être directe (Robert Lecoq, avocat du roi, porte un coq ), phonétique (les bars dans les armes des comtes de Bar), constituée par un rébus (la famille de Henneberg orne son écu d'une poule perchée sur un mont ; celle de Helfenstein, d'un éléphant perché sur un roc ), ou bien tout à fait allusive (la famille anglaise Maltravers porte au xme siècle un écu de sable fretté d'or, dans lequel le fretté — évoquant quelque chose que l'on a du mal à traverser car il se présente comme une sorte de barrière — constitue une figure parlante ). Cette relation peut se faire dans des langues dialectales ou être construite sur des termes aujourd'hui difficilement compréhensibles.

La famille bretonne Avaugour a ainsi porté à un moment de son histoire un écu chargé d'un pommier, car en breton aval gor signifie pomme sauvage. De même, Nicolas Fouquet porte dans ses armes un écureuil parce fouquet est en moyen français le surnom de l'écureuil. En Angleterre, nombreuses sont les familles d'origine normande qui portent une figure parlante avec des mots d'ancien français ou d'anglo-normand et que le vocabulaire anglais d'aujourd'hui ne permet pas de reconnaître comme telle : les Maulévrier, un lévrier (greyhound en anglais); les de Vêle, un veau (calf); les Capraville, un bouc (goat; la relation parlante se fait avec le latin); les Luttrels, une loutre (otter); les Fitz-Urse un ours (bear); etc…

Parmi les quelques exemples repérés d'armoiries où ce ne sont pas les figures mais les couleurs qui sont parlantes, citons celles des familles bretonnes Rouge (de gueules à la croix pattée et alésée d'argent) et Le Rouge (de gueules au sautoir d'argent), et celles des familles comtoises de Vaîre (de vair plain) et Mondorey (d'azur au mont d'or, armes doublement parlantes). Pour ce qui est des cimiers, supports et brisures parlants, nous renvoyons aux études de M. Prinet et J.T. De Raadt.

L'usage des emblèmes parlants a certainement été hérité des sceaux (dès le XIe siècle on en trouve également sur des monnaies ). Rare dans les armoiries primitives, il se développe au XVIIe siècle lorsque les petits vassaux renoncent à porter les armes de leur seigneur et que l'emploi des armoiries s'étend aux non-combattants. Ces armes parlantes ne sont pas seulement utilisées par les non-nobles (les royaumes de Castille et de Léon, le marquisat de Styrie, de puissantes familles comme les Mailly, les Créquy, les Bar, de grandes villes comme Lille et Florence portent des armes parlantes) et, contrairement à ce qui souvent été affirmé dans les traités de blason des XVIIéme et XIXéme siècles, il n'y a pas de catégories sociales chez qui elles soient plus fréquentes.


L'étude des armes parlantes présente un triple intérêt. Sur le plan de l’anthropony-mie, elle permet d'analyser la formation et l'évolution de certains noms de famille ou sobriquets. En ce domaine, il apparaît bien que le nom n'a pas toujours précédé la figure parlante, mais que c'est parfois l'habitude d'user de tel ou tel emblème qui a pu créer le nom . Les cas en sont nombreux en Scandinavie, le plus célèbre étant celui de la famille suédoise Oxenstierna ( cf. Armorial Bellenville, folio 10 ) . Mais on en rencontre en toutes régions . Sur le plan de la psychologie, il est intéressant de rechercher pourquoi et comment certaines figures ont été très volontiers adoptées comme emblèmes parlants et d'autres, au contraire, tout à fait délaissées même lorsque l'anthroponymie s'y prêtait bien ( le singe et le chat, par exemple – dont le délaissement peut s’expliquer dans la mesure où ces animaux ont longtemps été considérés comme des créatures diaboliques ).

Il a ainsi été amusant d'observer que parmi les familles dont le nom était construit sur le mot « porc », celles qui étaient nobles prenaient volontiers comme figure héraldique un simple cochon domestique, tandis que celles qui ne l'étaient pas adoptaient un sanglier, meuble parlant mais jugé plus honorifique qu'un vulgaire cochon . Enfin sur le plan de la culture et du folklore, les armes parlantes peuvent apporter à l'historien d'utiles témoignages. C'est ainsi que l'on rencontre, aux XIIIe et XIVe siècles, plusieurs familles allemandes dont le nom dérive du mot « König » et qui portent un ours dans leurs armoiries. A première vue énigmatique, cette relation « parlante » s'explique par le fait que jusqu'au XIe siècle dans le folklore occidental l'ours jouait, à la place du lion, le rôle de roi des animaux . L'héraldique a ici perpétué une tradition à peu près totalement oubliée de la littérature et de l'iconogra­phie animalières.


a) Les armoiries allusives


Les armoiries allusives sont celles qui, d'une façon ou d'une autre, rappellent, non pas un nom, mais un fait ou un état (passé glorieux, événement historique, tradition légendaire, origine géographique, profession, fonction administrative, aspirations ou prétentions, évocation du saint patron, etc.) en rapport avec l'individu, la famille ou la communauté qui en fait usage. Les exemples en sont innombrables et fort variés. Chez les roturiers, ces armoiries font souvent allusion à une profession, soit de manière limpide (Jean Pintovin, maçon parisien, charge son écu d'un marteau, d'une équerre et d'une truelle ; Jean Benoît, maître de l'artillerie, y place une arbalète; Jean Le Brun, sergent du roi dans la forêt de Condé, un massacre de cerf; Simon le Français, charpentier, deux doloires), soit de manière plus élaborée (Gauthier d'Ambrières, pelletier à Troyes, porte un écu de vair à la bande). L'historien, devant de telles armes, s'intéressera surtout à la façon dont le fait signifié est mis en relation avec la figure signifiante, et essayera de savoir comment cette relation a pu être plus ou moins comprise.

Dans les armes de certaines grandes familles ou de certaines principautés, il recherchera à quelle date et pourquoi on a voulu donner à des figures héraldiques ordinaires des significations allusives qu'auparavant elles ne possédaient pas. Nous avons déjà parlé des seize aiglettes des Montmorency.

Citons comme autre exemple celui des fameux pals d'Aragon : ils sont de gueules sur champ d'or et ont probable­ment pour origine, comme l'a avancé M.L. Jéquier, l'ancienne bannière du royaume d'Arles; mais une légende tardive (XVIe siècle?) raconte que ces armes sont issues du bouclier d'or plain de Geoffroy le Velu, comte de Barcelone, sur lequel le roi de France Charles le Chauve aurait tracé quatre lignes verticales après avoir trempé ses doigts dans le sang de Geoffroi, blessé dans la défense de son comté . (Les travaux de L. Jéquier et F. Menendez Pidal montrent, d’une manière probablement définitive, que ces pals dérivent de l’ancienne bannière du royaume d’Arles dont ils auraient, en outre, conservé les couleurs.)


b) Les armoiries « politiques »


Les armoiries « politiques » (cet adjectif étant pris dans un sens très large) ne sont quç des armoiries allusives particulières : elles soulignent le lien de leur possesseur avec un groupe, quelle que soit la nature de celui-ci (clientèle féodale, faction politique, clan, corporation, ordre religieux, etc.). A l'extrême limite, toutes les armoiries brisées peuvent être rangées dans cette catégorie. Les villes de la Hanse, par exemple, portent presque toutes des armoiries dont les couleurs sont argent et gueules. Les corporations des bouchers portent toutes, au Moyen Age, des armoiries dont la figure principale est un bœuf ou un mouton.


Mais les plus intéressantes des armoiries politiques sont évidemment celles qui traduisent l'appartenance à une clientèle féodale ou à une faction véritablement politique.


Si aux XIVe et XVe siècles, cette appartenance n'est en général évoquée que par le jeu des émaux, par une figure secondaire ou, surtout, par des ornements extérieurs à l'écu, il n'en est pas de même dans les armoiries primitives. La figure principale peut y jouer un rôle politique. Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises du cas des pays d'Empire où, au moins jusqu'à la fin du XIIIe siècle, l'aigle a souvent été portée par les fonctionnaires ou les partisans de l'empereur et le lion par ses adversaires, et nous avons montré comment, tout au long des querelles entre Guelfes et Gibelins, les changements d'un écu à l'aigle pour un écu au lion fou inversement) n'étaient pas rares . Au reste l'historien étudiera toujours avec profit les changements d'armoiries, dont fort peu sont dépourvus de signification .


Parfois le jeu des émaux peut compléter la valeur politique de la figure de l'écu. Certains auteurs ont ainsi prétendu que les armes du comte de Flandre, d'or au lion de sable, étaient formées des émaux de l'Empire (or et sable) et du lion guelfe.


c) Les armoiries symboliques


En règle générale la symbolique héraldique du Moyen Age est simple, s'appuyant davantage sur un vieux fond de symbolique universelle que sur celle de la Bible et des auteurs chrétiens. Au reste, jusqu'au milieu du XIVe siècle, parmi les figures du blason, seuls les animaux semblent posséder un contenu quelque peu symbolique, lié, d'une manière assez mécanique et toujours accessible à tous, à une qualité ou une vertu : le lion représente la vaillance et la générosité, l'aigle la puissance, l'ours la force, le sanglier le courage, etc. Ce n'est qu'à la fin du Moyen Age que les hérauts d'armes ont commencé à donner aux autres figures, aux couleurs et même aux pièces et partitions des valeurs hiérarchiques et des sens cachés, sans aucun rapport avec l'héraldique primitive. Celle-ci, contrairement à ce qui est trop souvent affirmé, est relativement simple et toujours claire, et l'erreur des héraldistes modernes a probablement été de trop souvent suivre les hérauts d'armes dans la voie dangereuse et vaine d'un symbolisme plus ou moins hermétique. Aujourd'hui, l'historien doit renoncer à voir dans les armoiries médiévales une forêt de symboles difficilement déchiffrables. Dans les écus où elles ne sont ni parlantes, ni allusives, les figures héraldiques ne sont bien souvent liées qu'à des considérations de goût et non pas à de mystérieuses constructions ésotériques. Ce faisant, du reste, elles n'en intéressent que davantage l'historien.

Newsletter

Obtenez plus d’informations sur les nouvelles fonctionnalités et collections de documents, recevez des conseils des experts, lisez des témoignages d’autres membres et bien plus.
Inscription

Newsletters récentes

Cliquez sur le lien pour afficher une newsletter

- juillet 2011
- mai 2011
- mars 2011
- janvier 2011
- décembre 2010
- octobre 2010
- septembre 2010
- août 2010
- ...plus

Commencer un arbre généalogique

Les arbres généalogiques sont parfaits pour conserver et organiser les informations trouvées.

Cliquez ici pour commencer votre arbre généalogique.